LA DEPRANOCYTOSE EN AFRIQUE

La sicklanémie ou la drépanocytose n’est pas l’apanage des populations noires du sous-continent africain bien qu’elle y fasse des ravages.

Les peuples d’origine caucasienne vivant le long de la Méditerranée en sont aussi victimes, ainsi qu’en Arabie Saoudite, au Moyen Orient, en Inde et même bien au-delà de la Méditerranée, par exemple, en Jamaïque et Haïti.

Toutefois, plus de 90% des cas d’Anémie SS sont des personnes noires, ce qui explique la forte présence de cette maladie sur les continents nord et sud américains, l’esclavage ayant favorisé l’arrivée dans ces régions du monde de personnes malades de la drépanocytose.

C’est d’ailleurs un Américain, M. Pauling, qui obtint un prix Nobel pour ses recherches sur l’Anémie SS, en découvrant que l’hémoglobine SS possédait, dans sa structure primaire, un élément (Acide Aminé), appelé Valine, qui remplaçait un autre acide aminé, l’Acide Glutamique. Cette petite différence est à la base de toutes les complications rencontrées dans l’Anémie SS.

Il semble que cette maladie était connue avant l’arrivée des colons. Les langues nationales du Congo, par exemple, n’ont pas de noms évocateurs ou synonymiques pour traduire les manifestations de la maladie. Toutefois, au Ghana, le Professeur Konotey Ahulu est remonté sur 9 générations de 1970 à 1670 pour étudier l’évolution de la maladie SS.

La tribu qui fut étudiée se nommait Manya Krobo et le nom qui était donné à la maladie était « Hemkom » (maladie à courbatures). Les Krobos savaient que cette maladie avait plusieurs manifestations et qu’elle se transmettait à certaines familles seulement.

En Afrique de l’Ouest, il fut même possible, avant l’arrivée des colons, de distinguer l’Anémie SS de l’Anémie SC, moins sévère. Dans ces villages ouest africains, la maladie est connue sous le nom expressif de « Chwechweechwe » (onomatopée utilisée pour signifier que la maladie brise les os).

C’est pourquoi il est possible de dire que la maladie était déjà connue avant les colonisations.

Néanmoins, le flou historique résiduel associé à des croyances ancestrales et à une très mauvaise information des populations génère encore de nos jours des conséquences sociales lourdes, comme :

 

 

    • l’exclusion des enfants drépanocytaires, considérés comme sorciers

 

    • l’assassinat des parents dont on peut imaginer, comme le précise le professeur Mbuyi, qu’ils ont payé de leur vie le fait d’avoir «ensorcelé» leur progéniture

 

    • l’incapacité des familles et du corps médical à soigner les malades au regard des coûts des traitements

 

  • le colportage d’idées fausses sur les causes et les effets de la maladie

 

La vie commune de personnes sicklanémiques est aussi la cause de bien des tracas pour les amoureux qui ne voient pas de solutions à leur union potentielle. La probabilité de mettre au monde un enfant drépanocytaire est grande et l’avortement est non autorisé en R.D.C (et dans la plupart des pays africains). Les mauvaises prescriptions ou l’automédication sont aussi des fléaux.

La situation médicale sanitaire et sociale des personnes souffrant d’Anémie SS en R.D.C. est aggravée par la destructuration générale de tout le tissu économique national et l’inexistence d’un système organisé de prestations sociales.

Les sicklanémiques, handicapés «biologiques et physiologiques», souffrent physiquement et moralement durant toute leur vie. Celle-ci n’est qu’une succession de périodes de crises douloureuses ou sanguines entrecoupées de courts moments d’accalmie exigeant pourtant une surveillance régulière et une vigilance permanente.