Association Noir & Blanc, ONG médicale franco-africaine spécialiste de la drépanocytose

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Vers la guérison de la drépanocytose Version imprimable Suggérer par mail
07-01-2008

Vers la guérison de la drépanocytose
: une avancée remarquable de l'équipe du Pr R. Jaenisch, chez la souris drépanocytaire, apporte de l'espoir.

De nombreuses étapes expérimentales ont été franchies par les chercheurs depuis plus de 15 ans, dans le but d'apporter la guérison de maladies génétiques.

Dans le cas de la drépanocytose, maladie génétique liée à une mutation unique dans le gène de la globine, une étape importante a été l'obtention d'un modèle expérimental de la maladie chez la souris, qui a été rendue drépanocytaire.

Depuis des décennies, les conditions qui permettent de faire différencier en culture des cellules embryonnaires (non encore engagées dans une voie de différenciation) vers la lignée sanguine ont été mises au point. Plus récemment, des vecteurs viraux rendus a priori inoffensifs ont été fabriqués et utilisés pour introduire des gènes purifiés spécifiques dans le génome des cellules murines ou humaines, en vue de la correction de déficits, ou de changements dans le programme de différenciation de cellules.

C'est une combinaison de toutes ces techniques complexes qui vient de permettre à l'équipe du Pr R. Jaenisch de réussir une grande première, rapportée dans le prestigieux journal américain Science du 6 Décembre 2007 : la correction partielle mais nette des paramètres sanguins de la maladie drépanocytaire, dans le modèle souris de la maladie.

A partir de peau de souris drépanocytaires, des fibroblastes ont été mis en culture. Une série de gènes (facteurs de transcription) sous le contrôle de vecteurs viraux ont été introduits dans ces fibroblastes. L'expression de ces gènes a induit un changement du programme des fibroblastes qui sont revenus au stade de cellules souches embryonnaires. Toujours en culture, le "gène thérapeutique", la globine, a alors été introduit sous le contrôle d'un vecteur viral.

Ces cellules souches maintenant capables d'exprimer le gène globine normal de façon continue, ont été induites à différencier vers la lignée sanguine, puis réintroduites chez la même souris préalablement irradiée. L'expression de la globine normale dans le sang, la correction partielle de l'anémie et une amélioration des caractéristiques hématologiques de la souris ainsi transplantée ont été observées. La normalisation persiste plusieurs mois, et il est théoriquement possible de transplanter à nouveau les mêmes cellules exprimant le gène thérapeutique.

Ces résultats remarquables ouvrent bien sur la voie vers la guérison génétique de la maladie, à partir de cellules provenant du patient lui-même, ce qui éviterait les éventuels rejets des cellules transplantées. La guérison pourrait en principe être obtenue très tôt après le dépistage de la maladie.

Mais du chemin reste encore à parcourir, en particulier pour s'assurer de la sécurité des vecteurs viraux, de la permanence de l'expression du gène thérapeutique, et pour transposer le même schéma expérimental chez l'homme. Une telle thérapeutique nécessitera des équipes pluridisciplinaires (virologistes, généticiens, biologistes cellulaires et moléculaires, médecins spécialistes) maîtrisant de nombreuses techniques de pointe.

Même si elle apporte de l'espoir, cette thérapeutique aura un coût très élevé ; ceci a pour conséquence que - dans le protocole actuel en tout cas - elle ne serait applicable ni en routine, ni à l'ensemble des patients, que ce soit dans les pays occidentaux ou en Afrique.

Dr Marie-Hélène BUC

Ancien directeur de recherche au CNRS

Membre du comité scientifique de N&B